Wahid.B : Bonsoir Christiane, heureux de rencontrer l’auteur de Aurore boréale au cœur d’une amour(êv)euse. N’est-il pas un peu long ce titre pour un recueil de poésie ? (Sourire)

Christiane.Kuhk : Ce titre est à lui tout seul une réponse à la question, « Rêver l’amour avec le cœur, le vivre avec les yeux, ou le corps ou les deux ? L’aurore boréale, les lumières de la rampe. Le projecteur grandeur nature. La lumière dans la nuit de mon cœur, il ne manquait qu’un rêve à cette nuit…Sainte- Lucie, une merveilleuse fête en Suède, nuit des lumières.
Il y a des bougies qui durent huit heures. Sourire.

Wahid.B : Vous introduisez votre ouvrage par un Prologue et le concluez avec un Epilogue. Tradition grecque ? Influence de son théâtre ?

Christiane.K : Un large sourire éclaire mon visage, j’avais précisément le mot théâtre au bout de ma plume, quand je vous ai parlé de mes lectures, j’adore le théâtre de Brecht, Kleist, et l’Opéra de Mozart aussi,… marionnettes bien sûr, mais le rôle que je préfère c’est celui que je m’invente, dans la multitude des possibilités… ma vie est le plus beau des théâtres.
Il y a du mythe là-derrière…

J’ai nourri mon expérience par de fréquents voyages en Grèce, Epidaure est à mon sens l’endroit le plus merveilleux que je connaisse avec Delphes et Mycènes.

Vous avez été sensible à mes références hellénistiques, mes poèmes dédiés aux lieux culte, certains de mes textes ressemblent en effet à de longues tirades…élégiaques… Heureux hasard aussi de conclure n’est-ce, pas par un poème dédié à la vigne… Ce « Cœur de fleur » comme un hymne à Dionysos, le festin, la poulie, la corde qui hisse le protagoniste ex machina jusqu’au ciel. Parfois la corde est un fil.


Wahid.B : Le Prologue est fait en prose et là vous racontez votre propre histoire, votre expérience avec le Net et les internautes, en fleurs et en roses. Et je dois dire qu’on a, à sa lecture, un avant goût sur ce que va être la suite. N’était-ce pas là votre objectif ?

Christiane.K : Ce texte en prose dépeint le cadre en effet, plante le décor, et présente les personnages qui réapparaîtront au cours des poèmes. L’issue sera fatale, la méprise du courrier, un avant-goût de l’envers du décor virtuel, à savoir que le passage à la réalité se voit souvent semé d’embûches.

Wahid : L’Epilogue, par contre, est fait en vers. Et on voit ce Cœur de Fleur écrire des vers ; Le Banquet s’annoncer sublime ; le virtuel s’avérer haïssable.
L’Epilogue serait-il un Anti-Prologue ?

Christiane.K : Quelques signaux annonciateurs de mauvais temps, une épaule maladive qui pleure sa litanie, un corbeau plaintif qui hante mes nuits, et colore de noir et de gris la plus rouge des aurores boréales, la durée ...

Au fil du temps on ne sait plus, si l’on reste d’un côté du ciel, ou si l’on passe de l’autre, pour ma part le choix fut clair, je n’allais pas rester une « poupée » désincarnée, jouer à ce « jeu » plus longtemps, mais c’est une pièce… et derrière un écran, on est acteur, et les acteurs jouent… alors pour certains la réalité vient briser la magie… Jouer, oui et non, croire, ou ne pas y croire. Tout est question de volonté de vivre, passer à l'acte, mais tout dépend ce qu’on entend par là. On peut imaginer dans des poèmes les plus beaux scénarios d’amour, mais pour les vivre, il faut être deux, et vouloir le réel.

L’Anti-prologue pose la problématique de l’anti-héros, celui qui est pris finalement à son propre piège, perdu à force trop vouloir croire en ses rêves, au point de douter même de ses facultés d’écrire, douter de l’amour qu’on a en soi, et l’ironie de la situation, écrire dans une langue que l’autre ne saisit pas, et puis ce revirement, cette foi en un lendemain au seuil du possible, la seule issue pour moi à ce moment précis a été la réalisation concrète du recueil, comme démystification, et distanciation.

Tragique dénouement que la rêveuse doive se guérir d’un rêve… et si ce rêve avait été tout autre ? Lui, un prétexte au rêve, à stimuler mon imaginaire ? Ce rêve aura révélé un recueil, des capacités enfouies, comme un trésor, une précieuse pierre qui vient illuminer ma vie. Le virtuel aura un certain temps apporté du baume à mon cœur de femme seule.

Des lectrices se reconnaîtront sans doute dans mes textes, je les invite à user de cet outil avec la plus haute prudence… On ne voit bien qu’avec le cœur, je dirais, on ne voit qu’avec les yeux… Je reste persuadée de mon intime conviction d’avoir été vraie et authentique, une femme entière et passionnée, mais la passion effraie, ah, ce fichu mythe de la femme fatale.


Wahid.B : A présent que votre ouvrage est publié, que vos poèmes sont accessibles à tous les lecteurs et non pas seulement à ceux du net, que signifie donc pour vous Christine, cette première publication ?

Christiane K: Une césure à l’hémistiche de ma vie, une première pierre posée à l’édifice, ou bien une dernière fleur accrochée à la gerbe des pleurs…

W.B : Votre petite histoire à vous qui vous a poussée à écrire votre premier poème. Quelle est-elle ?

Christiane.K: Mon ange, un homme, un Normand, un cavalier, et de surcroît amoureux des manoirs, et de la Manche en furie… Tous ces ingrédients donnent une bonne pâte à crêpes, alors à poèmes aussi… J’ai oublié son humour et son rire, la petite pincée de sel qui vient rehausser le goût… mes premiers poèmes sont nés d’un échange épistolaire, il a rebondi sur une image, et me voilà partie pour une chevauchée dans l’imaginaire.

W.B : Avez-vous bien un livre de chevet ?

Christiane.K : Je vais vous effrayer, je n’en ai pas… Je ne lis jamais avant de m’endormir… Je ne regarde que des revues, des images, des carnets de voyages, des magazines de déco, « La maîtresse de Brecht »… prend la poussière…

W.B : Comme toute personne avide de lecture de poésies, vous devez avoir votre poète préféré, non ?

Christiane.K : J’ai un faible pour Rilke, sans doute parce qu’il est allemand, sourire… J’aime aussi Trakl, Kafka… Brecht, plus le style est dense et hermétique, plus j’aime.

W.B : L’adolescence nous marque et on cherche des personnages auxquels on aurait aimé s’identifier. Etais-ce bien aussi votre cas ?

Christiane.K : Indéniablement La comtesse de Ségur, et Zola, Agatha Christie, le Club des cinq, Andersen, les Frères Grimm.

W.B : Aimez-vous toujours les mêmes personnages, les mêmes auteurs ?

Christiane.K : Astrid Lindgren, et Heidi… j’oubliais.
Il semblerait que vous ayez lu dans mes textes mon petit côté « femme-enfant », sourire.
J’aime la littérature de jeunesse, le merveilleux, je travaille avec des ados, j’ai « monté » des spectacles de marionnettes, joué des premiers rôles derrière un castelet, animé des stages de théâtre. Cette période m’a beaucoup marquée, j’y fais très souvent allusion dans mes textes.


W.B : Auriez-vous aimé écrire autre chose que ce que vous venez de publier ? Un roman, un conte ou des nouvelles ?

Christiane.K : Je ne me pose jamais la question de ce qui aurait pu être. J’aime vivre dans l’instant. Le conditionnel est un mode imparfait à mes yeux. Les textes sont ancrés dans une réalité émotionnelle de l’instant… jamais passés par le filtre des regrets. Je reconnais que mon passé saupoudre en filigranes mes vers de mélancolie… mais je pense doser très finement… Ce qui compte c’est le présent et un présent ouvert sur un avenir haut en couleurs. Bâtir, construire, partager. Je suis une rêveuse, mais ce que j’aime dans la réalisation, c’est le pragmatisme qui s’en dégage. Le concret, le recueil ramène les pieds sur terre… tout comme dans la course, je m’élève du sol et touche le chemin.

W.B : Conservez-vous toujours vos premiers écrits malgré le temps, malgré l’idée qu’on s’était faite, qu’une publication était impossible ou presque ?

Christiane.K : Je n’écris que depuis peu de temps, j’ai fait le plein d’idées des années durant, et il semblerait que la poésie ait dévoilé mes aspirations profondes… comme un vin bonifié… que je déverse page après page à l’encre de la VIE, qui coule dans mes veines…. Comme ce même sang qui bat contre mes tempes quand je cours en endurance… Je l’ai cité dans ma préface, le « marathon de l’écriture ». Je suis une battante, je prends plaisir à me fixer des objectifs précis, composer un recueil relève d’un vrai défi.

W.B : Avez-vous déjà proposé votre manuscrit à un éditeur traditionnel ?

Christiane.K : Jamais. Par contre je me vois bien recueil en sac, faire quelques forums, ou foires, au printemps prochain… enfin dès que l’occasion se présentera…

W.B : Avez-vous un moment idéal pour lire ou écrire ? L’inspiration et le goût d’écrire, le besoin aussi de lire ont-ils un temps précis ?

Christiane.K : Je n’ai pas d’heure particulière, mais j’écris souvent le matin, à la fraîche… quand l’idée est là, le chronographe n’attend pas.

W.B : Mille Poètes s’avère être la première maison d’édition ayant publié vos productions poétiques. Vous l’avez connue comment ?

Christiane.K : Par une amie de plume, qui m’a invitée à venir rejoindre Mille Poètes, j’en suis ravie, c’est là que je concentre la totalité de mes écrits… et petit secret d’amis… J’ai en couveuse un nouveau recueil, Secrets de …

J’aimerais remercier l’ensemble de l’équipe pour leur travail… et leur convivialité.

Merci à vous aussi, Wahid, pour avoir donné suite à ma demande.


Wahid.B : Merci plutôt à vous chère Christiane de ses agréables moments qu’a durée cette petite entrevue.

Christiane.K : Merci, je me suis régalée.......... je suis si heureuse..... c'est ça la poésie de la vie.


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Entrevue de Wahid Bennani
wahid.bennani@mille-poetes.com

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