Accueil > Actualités & Webzine > Entrevues


Métaphorain. Poésie classique, de Christiane Kuhk

Christiane Kuhk née le 30 mars 1963 en Alsace d'un père berlinois et d'une mère silésienne, qui ont choisi la France comme terre d'exil après la Guerre. Les sens en éveil, Christiane Kuhk nourrit ses mots de ce passé à la lueur du déchirement et de l'éloignement. Elle ressent toujours ce balancement entre l'errance et le besoin d'enracinement. L'étude de la langue française contribue à cette quête. Les études littéraires la conduisent à cet ancrage, elle choisit le métier de professeur d'allemand qu'elle exerce toujours en collège.

La poésie vient dissiper provisoirement le trouble diffus de l'esprit. Elle met en forme les images entremêlées qui jalonnent les chemins escarpés de l'âme humaine.

Ayant compris l'utilité de la discipline, la créatrice agence actuellement selon des règles bien précises les éléments constitutifs de sa construction spirituelle. Laissant ainsi de côté l'anarchie prosodique elle oriente sa quête de façon plus rationnelle, privilégiant la concision du contenu dans les limites contraignantes de l'expression classique. Elle privilégie le sonnet pour la dramaturgie se dégageant de cette forme particulière de poésie 

Un recueil de poèmes tout en douceur avec de belles métaphores sur la vie, l’amour tout ce qui fait l’ être humain avec ses sentiments.

Frédérique Aufrère : Bonjour Christiane, merci de passer un peu de votre temps avec nous à l’occasion de la sortie de votre livre « Métaphorain. Poésie classique » aux éditions Mille Poètes Editions, je me suis inspirée de la préface pour quelques questions intéressantes sur votre façon d’écrire. Mettez vous toujours en forme dans vos poèmes les images entremêlées de l'âme humaine ?

Christiane Kuhk : A l'instar d'un paysage de montagne, celui de l'imaginaire est plus ou moins net et changeant, du fait des conditions atmosphériques du moment. Ne parle-t-on pas de tempête sous un crâne ? De la même façon la brume du doute et de la lassitude nous empêche parfois de distinguer l'environnement proche. Ainsi sa description devient ardue, voire impossible. En outre, l'auteur s’il ne possède pas la palette quasi exhaustive de l'expression donnera de sa vision une simple ébauche sans nuance. En conclusion la créativité est tributaire de l'outil qui dépeint (maîtrise de la technique, richesse du vocabulaire) et de facteurs extérieurs influant plus ou moins directement sur la netteté de l'objet à dépeindre.

Frédérique A. : La poésie vient dissiper provisoirement le trouble diffus de l'esprit, après les avoir écrit ce trouble disparaît-il ou ouvre t’il la porte à d’autres ?

Christiane.K. : Le trouble étant global, sa réapparition est sensiblement la même, malgré les multiples symptômes qui le constituent. Les balises temporelles d'un poème permettent d'encadrer et de faire aboutir ce qui n'était au départ qu'une émotion diffuse. Le fait d'enfermer l'abstraction dans un espace fini la rend plus accessible et la démystifie.

Frédérique A. : Pourquoi avez vous fait le choix de laisser ainsi de côté l'anarchie prosodique pour vous orienter de façon plus rationnelle vers les limites contraignantes de l'expression classique, cela laisse t’il place à la spontanéité ?

Christiane K. : Travailler dans la contrainte donne de la liberté une idée plus forte. Un prisonnier parlera de l'extérieur de façon bien plus convaincante puisqu'il en est privé. Pour diffuser mieux et plus intensément il convient de contenir préalablement. Pour moi la poésie libre s'apparente à l'eau de parfum, la classique au parfum lui même, dans toute la noblesse de sa puissance et de sa pureté. La concision force à la qualité. En cela, le sonnet offre la plus grande difficulté quant à son élaboration, mais aussi la plus belle satisfaction dans son aboutissement.

Frédérique A. : Vous êtes professeur d’allemand écrivez-vous dans cette langue ?

Christiane K. : Pour moi, écrire dans la langue française est un défi permanent. La structure accentuée (métrique) de la poésie allemande me facilite grandement la tâche mais je préfère me cantonner pour l'instant à l'expression française.

Frédérique A. : Vous privilégiez le sonnet pour la dramaturgie se dégageant de cette forme particulière de poésie pourquoi ce choix plus qu’un autre ?

Christiane K. : Le sonnettiste peut exercer dans n'importe quelle forme de poésie, étant donné la difficulté que représente cette structure particulière. L'inverse n'est pas vrai. La chute inattendue du sonnet, c'est le coup de théâtre qui vient clore la scène pour le plus grand plaisir des amateurs de planches, dont je fais partie.

Frédérique A. : Vos poèmes sont faits avec beaucoup de métaphores et de douceur, que vous apportent les métaphores dans l’écriture ?

Christiane K. : La métaphore constitue à la fois le fard et le costume qui permettent à l'auteur de jouer sa partie sans se dévoiler totalement. Elle est en outre un bon moyen de matérialiser un concept abstrait et de le rendre visible pour tous.

Frédérique A. : Le titre de votre livre Métaphorain comment vous l’avez choisit ?

Christiane K. : C'est à la fois le titre d'un de mes sonnets, en référence à la fête foraine, et l'empreinte métaphorique qui imprègne mon recueil.

Frédérique A. : Quand vous prenez la plume savez-vous à l’avance le sujet que vous allez écrire, comment écrivez-vous ?

Christiane K. : La plupart du temps un sujet ou une image s'imposent à moi, et je tente d'en suivre le fil du ressenti le plus loin et le plus spontanément possible.

Frédérique A. : Pour choisir les titres de vos poèmes prenez vous beaucoup de temps ou ils viennent rapidement à la fin des poèmes ?

Christiane K. : Généralement on ne trouve jamais le titre avant. Dans de rares cas, le texte s'articule autour d'un titre, « Le val aux songes », par exemple. Celui-ci m'offrait une vision d'ensemble, il dessinait les contours d'un paysage lié à mon enfance, et que j'ai dû enrichir peu à peu en précision, tel un aigle planant au-dessus de son territoire. La plupart du temps le titre se doit de représenter l'ensemble du poème, et ce n'est pas toujours aisé.

Frédérique A. : Quels sont les thèmes que vous n’ayez pas abordés ?

Christiane K. : J'évite d'aborder certains thèmes trop consensuels, tels que la maladie, le racisme...En effet, je refuse de voir appréciées mes créations par un simple thème fédérateur sans même que le lecteur fasse cas du contenu .C'est trop souvent le cas dans l'expression artistique populaire qui s'appuie sur des réflexes de l'inconscient collectif pour vendre des produits insipides, et je trouve cela dommageable .Je résiste à cet esprit de masse qui ne peut mener qu'à l'asservissement et l'ignorance.

Frédérique A. : Où aimez-vous être pour écrire ?

Christiane K. : N'importe où, pour autant que je puisse profiter d'une atmosphère sereine et propice au recueillement.

Frédérique A. : Je vous remercie Christiane d’avoir participé. Quant à vos projets d’avenir, que comptez-vous réaliser encore ?

Christiane K. : Des chansons, du théâtre, de l'expression orale. De préférence une activité en relation directe avec un public.
Merci à vous, Frédérique.

Métaphorain. Poésie classique
Christiane Kuhk


Lundi 02 Février 2009

Frédérique Aufrere

Lu 22 fois