Mille nuits

Le champ porte les coups du soc et de la peine.

Au milieu des corbeaux, d’une griffe de fer,

Alors qu’un vieux soleil s’accroche sur l’hiver,

L’homme va, résigné, dans le creux de sa veine.


La soupe dans le pot fume sa chaude haleine,

Et l’âtre rougeoyant, comme un paisible enfer,

Lèche tranquillement les recoins de l’éther.

Une vieille sourit dans son châle de laine.


Dans la cave voûtée un fantôme de chat

Repose ses coussins sur un buste de rat

Puis s’éclipse sans bruit dans une ombre chinoise.


La grange cherche l’air. Son immense poumon

Respire un océan de chaume et de limon.

Elle tait mille nuits sous un chapeau d’ardoise.

RODES