Captures de mots au jardin de Chrissette.

Bienvenue chez Chrissette, au jardin de ma vie. Je sème des graines de bonheur en devenir de mots, récolte pétales du destin, fruits du hasard, que vos yeux, cher lecteur, arroseront de votre plus beau sourire.

26 juin 2008

La valse des choses

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Le souffle d'un vieil accordéon s'éteint, sa carcasse repose désormais dans un autre salon. La valse peut reprendre. Les talons claquent sur le parquet...Bas résillés et jupes virent dans le vent de l'été...

Demain nous irons pique-niquer au bord de l'étang et chanter la vie rêvée des grillons.

La couturière pleure sa machine désossée, les uniformes éclairent le ciel de leur médaillons de métal...Elle a servi, j'entends encore la pédale battre comme le sang contre les tempes des hommes au combat, et la courroie entraîner leurs soupirs siffler jusqu'au sommet des nuages...Les artifices tombent en pluie au coeur des draps de lin.

Le lit Napoléon geint sous la force de la masse,là où jadis mon père chuchotait des airs de poupée de lune in love. « Der Wind hat mir ein Lied erzählt... » Sans ma mère cette nuit-là, caché dans la haie de buis, à l'abri des regards..Elle seule a su voir...Le voir!

Un passant sourit à l'idée de plonger sa nuit dans les contes extraordinaires d'un autre siècle.
Au bout d'un crochet tinte un arrosoir en laiton, il versera de l'eau précieuse sur les chrysanthèmes et les bruyères.

Comment peut-on jeter des choses aussi belles...Me dit une femme étonnée...Elle tente de rassembler les morceaux d'une table demi-lune pour les recoller. Les choses en soi n'ont plus de valeur ou plus exactement ce qui compte vraiment c'est ce qu'on a en soi qui est irremplaçable...Je n'ai cessé de croire que le plus beau est ce qui ne se voit pas...Le dépouillement en soi.

Le vide est merveilleux!

Chrissette

Juin 2008

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04 juin 2008

Une larme

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Une larme

Une larme de lait
Au bout d'une moustache
D'un coup de coussinet
Je lape, je lèche
Je te regarde
Tu m'envies
Ma vie
Détrompe-toi
Un coin de paradis
Je vais et je viens
Du soir au matin
De chatière en gouttière
J'erre
Aux abords des squares
Une main d'enfant
Un espoir de caresse
Et puis toi
Qui me tend tes doigts,
Des mots doux en pluie
Comme un rose bébé
Un verre de lait rêvé.

Chrissette et Rodes

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04 avril 2008

Gotland

Mille et une lumières
Viennent teinter d'or
Tes fleurs,lupins à la corolle heureuse,
Coquelicots au coeur luisant,
Tapisser tes langues de terre
Verdoyante Gotland,
L'été se sent bien en ta demeure,
Petite cabane rouge
Guette la venue du voyageur,
Il se fait tard
Plus rien ne bouge.

Les embruns bénissent les roches nues
De calcaire immaculé
Le sable caresse
Tes pieds sans les heurter,
Un goéland rêve d'une coque
Pour t'émerveiller
Sa façon à lui de te remercier
Pour l'avoir sauvé,
Pris dans les mailles d'un filet,
La plume a bonne mémoire.

La nature offre à ton regard fatigué
Un doux reposoir
Et à mes doigts de fée
Le plus bel écritoire
J'encense tes pensées
D'un doux parfum ambré
Mes encres déposent
Sur ta peau dorée
Sur l'horizon en pointillés
Un calligramme
Un baiser rouge et chaud
Pour toi,ma flamme,
Au ras des flots.

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11 mars 2008

Miroir d'une vie.

Miroir d'une vie.

Si tu portes la vie, tu es précieuse, comme le serait un pommier en rêves de fleurs au coeur de l'hiver, un bois de roses noirci par le gel des années, qui se déciderait soudain à germer un beau matin de neige.

Un beau matin te porte.

Et si un matin comme ce matin, tu te réveilles au son du carillon, mais une heure trop tard, regarde-toi dans un miroir, dis-toi qu'il est toujours temps de vivre.

La voix résonne en toi.

Il est des matins comme ce matin, où je me réveille seule, mais pas complètement, je me regarde,l'avenir me répond présent. Je ne suis plus seule, plus jamais. Je ferme la porte sur les années mortes. Je pousse la porte de la salle de bain, je sens tes mains sur mon corps.

Tu n'es jamais bien loin.

La tristesse n'est qu'illusoire, une branche brisée dans un cauchemar inventé.

Ce matin, infiniment heureuse car tout simplement femme, grâce à toi, dans le long couloir des peurs, tu m'as tendu ta clé.

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Le chant du crapaud

Le chant du crapaud



J'entends le chant du crapaud au chemin de la cloche, les eaux du petit canal en stéréo, il est loin le temps de nos vingt ans, Cloclo décroche pour nous comme d'habitude quelques notes, et les hautes herbes offrent aux couples naissants un petit coin de notre monde que nous partageons généreusement.

J'accroche une larme à l'orage qui approche...dans ma poche quelques brins de ce thym d'avant-hier, ces moments merveilleux qui ricochent dans vos yeux, et ondulent gentiment à la surface des miens.

Dans nos têtes le désir, dans nos mains le soupir d'un demain , renouveau palpitant, la danse de la chamade dans la cour de nos coeurs, et le souffle qui arrache les feuillets au vieux temps.

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08 février 2008

Petites merveilles 4

Je promène mes doigts sur tes tempes fragiles

Mes lèvres subliment les secondes

Le baiser se fait pluriel à la frange de tes cils

Paisible lumière en eaux profondes.


Je t’emporte au fond de l’eau

Ma sirène pâle et belle

Et ton cheveu comme un ruisseau

Serpente sur ma prunelle.


Ta main de verre et de sang

Embrasse ma joue fiévreuse

Le tapis doux de l’étang

Couche son herbe joyeuse.


Je m'accroche à ton jet d'encre

Comme une pupille innocente

Je caresse ton dos, ton ventre

De ma nageoire indolente.


Je te suis soumise et j'aime

Recevoir comme offrande,

Comme le plus beau diadème

Un mot de toi, le juste,celui que je quémande.


Mon tentacule t'enlace

Et t'étouffe calmement.

Aspirant ton sein de glace,

Je le torture gentiment.

La bouche de ma ventouse,

Ivrognesse écartelée,

Râle et te prend pour épouse

En sa fureur barbelée.

Chrissette et Rodes

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Petites merveilles 3

Parvenu enfin au bout du Monde, je posai mon baluchon
Sur un amas grisâtre et purulent de restes humains.
Le froid retenait sous son étreinte, comme l’aurait fait un bouchon,
Un gaz infâme, suppliant qu’on le libérât, tendant vers moi ses informes mains

La paisible lune roulait benoîtement sur ses hautaines ténèbres.
J’avais avec elle un vieux compte à régler et la toisai d’un œil impavide.
Puis, J’avançai vers le gouffre des éternels décombres
Et, me penchant sur le bord, risquai un œil sur cet immense vide.

Une passerelle levée sur tes pensées dérisoires,
Une bouche effleurée sur un pont, en Mer Egée,
Un canot de sauvetage, une autre histoire !
Les pages arrachées virevoltent dans les embruns d'un soir d'été.

Il a été, ce soir-là, ivre de promesses
Mais aucune il n'a tenue, sinon celle,
Celle de sombrer dans la paresse
De dire oui, de dire non, même aux caresses pour Elle,

Elle qui n'entendait sa vie que par ses oui,
Positive jusque dans les courbes de ses cils
Aimante et rieuse comme la mouette d'ici
Battante par tous les vents, même les plus rudes, elle clamait la beauté de son île.

Qui est là ? Est-ce une voix, un cri d’animal ?
Mais que m’importait. Sourd aux cris des foreuses qui suçaient mon ventre,
Je pleurais joyeusement fixant, d’un air complice, le mal
En son œil unique et froid, l’invitant à m’ouvrir bien plus grand son antre.

Le moment du partage était venu. Il fallait laisser le calme étrange
Me dévorer, me liquéfier, m’imprégner de ses sucs âpres et corrosifs.
Avec un peu de chance, je pourrais devenir un ange ;
Ou tout au moins en prendre l’aspect, les attraits lascifs !

Ailé je te voudrais, l'oeil vif et perçant,
Des boucles dans les cheveux
Un sourire à damner les dieux vivants
Un leurre pour celle qui te veut.

Un miroir, une cage, un stylet d'argent
Une écritoire en bois, quelques feuillets vierges
Regarder la vie passer, enfermer le temps
Ecrire quelques vers désuets à la lumière d'un cierge

Pour celle qui saura lire dans tes yeux
Le sourire du silence
Un bout de ciel sur terre à deux
Une esquisse de septième sens.

Ange passant près de toi
Sens-le frôler tes cheveux
Et rosir en doux aveux
Taisant sa honteuse foi.

Tes souffles tièdes sous l’aile
Portant son fardeau léger
Eclatent en ribambelle
De tendresse et de baiser.

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Petites merveilles 2

Seul, m’éloignant du port et de son mirage
Je te laissai là-bas, assise au milieu d’une flaque
Les entrailles d’un poisson mort donnaient à ton visage
Un air de fête, de ceux qui montent du cloaque

Quand les fées ombrées et grasses de la nuit
Raclent leur gorge rauque et leurs poumons noirs
Avant de se mouvoir pathétiques vers le tombeau de leur lit.
Seul, j’entraînai ma honteuse joie vers l’ogre d’un soir.

Grisée par les vapeurs auréolant ma tête
Prise dans les mâchoires de l'étau
Je voyais ma vie couronnée d'épines et d'arêtes
Dans ce miroir que me tendait ton eau.

J'ajustai timidement le bout de chair qui me servait de jupon
Les écailles cousues par tes soins, des paillettes au bout de ta main.
Tu avais maquillé mes yeux de poussière de paillasson,
De poudre blanche, la lisière de mes lèvres carmin.

Un soufflet d'accordéon m'envoya une bouffée d'air d'antan
Je m'époumonai à siffloter pour me tenir éveillée
Serrant les poings, détricotant le temps,
Passant entre mes ongles, une à une, chaque maille du filet.

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Petites merveilles

Petites merveilles.

Les toits, en millefeuille, s’étendaient à perte de vue,
Fumant, suant, soutenant l’horizon bas.
Frôlant ces couvercles bariolés, passait parfois le bras
D’une immense grue rouillée, tournoyant sur sa rue.

Une usine grise clignotait au loin, discrète,
Propre à se dissimuler en son mensonge brumeux
Comme honteuse d’accomplir sa tâche secrète.
Elle vomissait, sous la terre, un poison crémeux.

Je naviguais non loin de l'embarcadère nord
Dans l'eau croupie de ton lac imaginaire
La passerelle de mes souvenirs en mer
Se levait sur les jours gris d'un vieux journal de bord.

Je lâchais tous mes sanglots sur le chemin de halage
Tu amarras mes cordes, m’enfonças comme un pieu
Au bout de tes doigts où couraient des noeuds
Le travail te fit oublier ton âge.

Petit garçon, tu aurais aimé jouer
Mais tu ne pouvais pas,
La suie dessinait sur tes joues creusées
Des nuages de lait et des oursons en chocolat.

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Quelques papiers froissés

Et si les cîmes se mettaient soudain à me conter la route jusqu'à toi,
Réduire les distances, ta maison tout près de chez moi.
Un petit feu dans l'âtre
Une bûche attend
Que deux mains lui tendent
Une allumette folâtre
Pour raviver le grand,
Un autre demain,
Un sourire,
Le vent.

Et si les flocons se mettaient à tomber,
Et couvrir mes jours d'une capeline immaculée,
L'allée au jardin se parer de fleurs de neige,
Mon carreau disparaître derrière le givre
Ivre d'un songe d'hiver qui tarde à venir,
Un autre train arrive,
Derrière la porte,
Un bouquet.

Trois roses
Plongées dans une eau claire
Le vase n'est pas de cristal
Brisé le Bohême,
Sur la table quelques luminons nous éclairent,
C'est le principal.
Viens, entre,
Rimons quand bien même le verbe aimer respire la pauvreté
La richesse est ailleurs.

Le chant du carillon
Fredonné dans la montée de l'escalier
Le merle siffle quelques notes printanières sur le pallier
Puis s'envole retrouver sa belle sur le tronc du mirabellier.
Au bout de ma langue, juste ces mots, "viens m'embrasser!".
Et sur un coin de table
Quelques papiers froissés,
Quelques photos de toi
Elles me content la route jusqu'à toi,
Mais c'était hier.

*

Posté par chrissette à 18:29 - Pause prose café - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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